jeudi 8 novembre 2018

G comme Victor Garaix


Le 3 juillet 1914, Victor Garaix bat un 41e record d'aviation. Un mois plus tard, il est mort pour la France.


C'est à Taulignan, dans la Drôme, que Victorin Mary Ernest Garaix nait. Il y passe son enfance avant de que ses parents ne s'installent en région parisienne, à Villeneuve-le-Roi. Très tôt, il se passionne pour les moteurs à explosion. D'abord dans l'automobile, puis il devient chef d'atelier aux Ateliers Vosgiens de Constructions Aérienne. Il a tout juste 20 ans et apprend à piloter. La passion de l'aviation est née.

Il passe le brevet de pilote en 1912 et c'est à l'aérodrome de Chartes qu'il multiplie les essais et les records mondiaux, à bord d'un biplan.

Beaucoup d'écrits ont été dédiés au "grimpeur de Chartres", c'est ici l'occasion de rendre hommage à une figure locale drômoise, un peu méconnue. Même si quelques articles de presse à l'époque le mettent en valeur, comme dans La Croix de la Drôme :

Source : La Croix de la Drôme du 8 mars 1914 

Le 23 août 1914, il participe à une mission de bombardement, son avion est abattu par les Allemands, près de Tucquenieux.
  


mercredi 7 novembre 2018

F comme Théodore Fraissinet


Quai de la gare de Lyon, début 1890. Théodore serre sa soeur dans les bras. Ils ne se sont pas vus depuis quatre ou cinq ans déjà, depuis que Nathalie s'était mariée avec un gars de chez eux. Théodore est maintenant devenu un jeune homme, et son envie de Paris était toute aussi grande que lui était petit. Tout juste 1 mètre 51.

Du fin fond de son Languedoc natal, il en rêvait de Paris. La ville lumière, la fête, les femmes et les jeux. Il voulait tout tenter. Et comme au village, il passe ses journées dans les cafés, comme limonadier. Installé dans le quartier du Marais, c'est là qu'il rencontre son épouse. Une modeste femme de chambre berrichonne, avec qui les choses vont assez rapidement dégénérer. Les frasques de son mari y seront pour beaucoup. Théodore va voir ailleurs. Il profite. Joséphine préfère retourner dans son village pour accoucher d'un petit garçon. Un premier avertissement lancé à son mari qui fait tout pour la reconquérir. L'enfant ne vivra qu'à peine huit mois. Et Théodore reprend ses addictions.

Il passe du temps avec d'autres femmes. Joséphine voit rouge, ils se séparent. Théodore rencontre Léontine, avec qui il aura une fille, prénommée Nathalie. Comme sa chère soeur. Mais comme il n'est pas divorcé, impossible de reconnaître l'enfant.

Et Théodore joue. Jeux de hasard, jeux d'argent, courses de chevaux. En 1903, il est condamné à 200 francs d'amende pour tenue d'une maison de jeux de hasard. Pour Joséphine cette fois c'en est trop. Elle demande le divorce et l'obtient.

Cela n'empêche pas Théodore de continuer à sombrer. En 1907, il s'établit à Maisons-Laffitte, tout près de l'hippodrome. Idéal pour aller jouer aux courses. Deux ans plus tard, en 1909, il passe quatre mois en prison, condamné pour abus de confiance. Il est alors loueur de voitures, sa nouvelle passion. Qui lui fut fatale. Du moins, c'est ce que toute la famille pensait.

Théodore élève sa fille de loin. Il l'emmène la petite Nathalie aux champs de courses, même si elle n'aime pas vraiment ça. Mais elle fait plaisir à son père qui ne l'est pas officiellement. Depuis la mort de sa mère de la tuberculose, quand elle avait 4 ans, elle passe davantage de temps avec sa tante, Nathalie, dans la boucherie du Marais. Elle se prend aussi d'affection pour François, le frère aîné de son père, resté à Saint-Etienne de Gourgas. Ils s'écrivent régulièrement.

Janvier 1930, Nathalie reçoit une lettre de son oncle. Elle lui apprend la mort de son père, qu'il croit décédé dans un accident de voiture. Théodore vivait alors à Joinville le Pont et ne donnait plus guère de nouvelles. Est-ce l'éloignement qui l'a tué ?

Le 16 décembre 1929, le corps d'un homme est repêché dans la Seine, face au 47 quai du Point du jour à Boulogne-Billancourt (au pied de la tour de TF1 aujourd'hui). Le policier indique que l'homme est resté 10 à 15 jours dans l'eau. Sur lui, une enveloppe au nom de Mathurin Fraissinet, avenue des Canadiens à Joinville (c’était en effet son premier prénom, mais il se faisait appeler et signait Théodore). Son corps est alors transporté à la morgue de Paris.

Source : Registre des mains courantes du commissariat de Boulogne-Billancourt. 1928-1929. C B 83 10
Archive de la Préfecture de Police de Paris


Dans le registre de l'ancien institut médico-légal pour l'année 1929, on y retrouve notre homme, arrivée à la morgue le 16 décembre à 17h25. Agé de 59 ans, il est indiqué qu'il portait des souliers, deux chemises, une ceinture en cuir, un complet veston, un pardessus, un pantalon, un col en celluloïd, des chaussettes et un sac. Il avait également sur lui un billet de 10 francs, qui a été prélevé pour la taxe. Son autopsie est réalisée le 20 décembre et détermine la cause de la mort : submersion. Il n'est reconnu que le 4 janvier et son corps n'est pas réclamé par sa famille.

Source : Registre de la morgue de Paris. Année 1929. L A 109
Archive de la Préfecture de Police de Paris

mardi 6 novembre 2018

E comme Elisa Franck

Elisa Franck : du Jabron au fleuve Sénégal

Saint-Louis, embouchure du fleuve Sénégal, 26 novembre 1874. Elisa Franck, jeune femme de 25 ans, originaire de la Drôme, épouse Louis Rémond, un instituteur évangélique.

En 1872, Elisa Franck habite à Dieulefit, avec son père, Félix, et la deuxième épouse de celui-ci. Sa mère Julie Cavet (cette même famille qui occupa mon ChallengeAZ l'an dernier) est morte quand sa fille avant 2 ans. Elle est couturière. Et c'est certainement grâce aux réseaux protestants que la jeune femme quitte le village pour une destination atypique.

On la retrouve en effet deux ans plus tard... sur le continent africain. Un long voyage par bateau jusqu'à Saint-Louis, au Sénégal.

Source Archives de Saint-Louis / Mariages 1874 

Elle se marie avec Louis Rémond, originaire du Pas-de-Calais. Celui-ci est instituteur. Il fait surtout partie de ceux qui ont été envoyés pour évangéliser la colonie française de Saint-Louis. Envoyés par le Comité de la Mission de Paris, une société chargée de répandre la foi à travers le monde.

Dans une lettre du 6 décembre 1873, Louis Rémond raconte son arrivée au Sénégal. Avec 850 passagers, dont peut-être Elisa, il est parti le 5 novembre de Bordeaux, à bord du paquebot Le Niger. Louis Rémond explique avoir eu le mal de mer dès le lendemain. Le 9, le bateau est à Lisbonne. Le 15, ils sont à Dakar, et le 20, il débarque à Saint-Louis. L'instituteur, un brin lyrique, confesse avoir quitté sa patrie "pour toujours peut-être".

Il arrive donc au moment de Noël 1873, c'est là qu'a lieu le premier baptême chrétien depuis le début de la mission d'évangélisation. Un an plus tard, Louis Rémond se marie avec Elisa Franck, et quelques mois plus tard, en 1875, le journal des missions nous apprend que Louis Rémond "est revenu en France, avec sa compagne". On ne sait pas ce qu'ils sont devenus. Simplement qu'ils ont divorcé. C'est ce qu'indique l'acte de décès d'Elisa Franck, en 1937 à Dieulefit.

Source : Journal des missions / Année 50 / page 332 

lundi 5 novembre 2018

D comme Marc Delaye


Voyager pour oublier. Et pour se faire oublier. Tourner la page d'une partie de sa vie. C'est probablement ce qu'a fait Marc Delaye, modeste marchand de Poët Laval dans la Drôme.
D'abord employé communal, il travaille dans la poterie, comme beaucoup à cette époque, et se met à vendre les fayences. Marié en 1856 à Aline Plan, il devient veuf après 10 ans de mariage, en novembre 1866. Leur petite fille Mathilde a 4 ans.

Etait-il plus intéressé par son négoce que par sa famille ? Souhaitait-il abandonner sa fille ? A-t-il volontairement voulu se faire oublier ? Ce qui est certain c'est que c'est la grand-mère de Mathilde, la mère de sa mère, qui a élevé la petite. Le père ne figure pas dans le recensement de 1872 dans le village. Il est parti.

Et quand Mathilde épouse David Abram en 1890 au Poët Laval, personne n'a eu de nouvelles du père de la mariée. "Sans domicile connu", il n'est pas mentionné qu'il est décédé, et tout le monde affirme ignorer le dernier domicile de Marc Delaye.

Source AD 26 / 4 E 5320 / Le Poët Laval 1890

Pourquoi est-il parti ? On ne peut pas répondre à cette question... mais on sait cependant ce qu'il est devenu. Il est parti assez rapidement de Poët Laval puisqu'on le retrouve à Nice en juin 1868, où il se remarie, un an et demi après la mort de sa première femme.

Source AD 06 / Nice Mariages 1868

Et c'est finalement à la Cité des Fleurs, un hôpital de Neuilly sur Seine, qu'il décède en octobre 1885. Il habitait alors rue Rodier dans le IXe arrondissement de Paris, et vendait des légumes. Marc Delaye est donc mort 5 ans avant le mariage de sa fille, qu'il n'a donc vraisemblablement jamais revue depuis son départ du Poët Laval entre 1866 et 1868...

samedi 3 novembre 2018

C comme Marie Chicot


De la Drôme à la Côte d'Azur, une famille pas vraiment sur la route des vacances. 

Le père, la mère, leurs deux filles cadettes. Et le grand-père, Elie, déjà très âgé. Il a près de 70 ans. 

La petite troupe pose ses bagages à deux pas de la grande bleue. Quartier Sainte-Marguerite, à La Garde dans le Var, bien connue pour ses falaises et ses grottes. Mais ils n'ont pas grand chose, et pour cause, ce sont des paysans. 


Que viennent-ils faire ici ? L'envie de repartir de zéro à l'air marin ? Après l'hiver 1740, le plus froid depuis bien longtemps, ont-ils tout perdu ? Est-ce qu'ils ont fui leur terre natale de la Drôme provençale ?

C'est le curé de Montjoux qui dresse l'acte de mariage de Jean Antoine Guiminel avec Marie Chicot le 10 janvier 1719. Un acte très succinct. Pas de filiation et simplement la mention "mes paroissiens". Certainement pour signifier que le jeune couple professe la religion prétendue réformée. Hérétiques. 

Peut-être ont-ils été chassés du village ? Mais alors pourquoi les deux aînés, Marie et Pierre, sont restés dans la région ?

Au début des années 1740, Elie Guiminel, son fils Jean, sa femme Marie et deux filles de ces derniers, Thérèse et Lucresse, s'installent donc dans le Var. Loin de leurs proches. Mais avec l'envie de rester durablement. 
Lucresse, la petite dernière de la famille, veut se marier. Et c'est un problème pour le très strict curé de La Garde : les Guiminel sont protestants. Et semblent très attachés à leur foi. Surtout la mère, Marie Chicot, originaire d'une ancienne famille protestante de Montjoux connue dès le milieu du XVIe siècle. 

Alors en ce dimanche 9 janvier 1746, le curé rédige un acte d'abjuration dans son registre.  

Source : AD83 7 E 66/1 BMS La Garde


L'acte concerne "Jean, Thérèse et Lucresse Ghiminel ses filles", ces derniers "ayant reconnu que hors la vraie Eglise il n'y a point de salut, de leur bonne volonté et sans aucune contrainte, ils ont fait profession de la foi catholique apostolique et romaine, et fait abjuration de l'hérésie de Calvin". 

Et l'année suivante, Lucresse épouse Jean Laveine, lui aussi installé au village depuis plusieurs années. Il venait de Cabris dans le diocèse de Grasse. Dans l'acte de mariage, le sévère curé prend bien soin d'indiquer que Marie Chicot ne s'est pas convertie. Il a en effet "donné la bénédiction nuptiale selon le rite de notre Sainte mère l'Eglise catholique apostolique et romaine, en présence de leurs père et mère quoique icellecy de la religion calviniste".


Source : AD83 7 E 66/1 BMS La Garde

Et finalement, alors qu'elle est veuve, Marie Chicot succombe à la tentation de la religion catholique, à l'âge de 70 ans. Elle abjure le 13 avril1762, devant pas moins de trois prêtres qui signent l'acte.



vendredi 2 novembre 2018

B comme Bernard Peysson






Un froid glacial les avait saisis pendant la traversée du pertuis Breton. Pour bon nombre d'entre eux, c'était la première fois qu'ils voyaient l'océan. La barque accoste sur une petite plage, au pied de laquelle s'élève leur nouvelle demeure. Austère et sombre. Heureusement, ce ne sera que pour les prochaines semaines, avant un grand départ pour le bagne, en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie...

En ce 13 janvier 1876, ils sont une poignée de criminels à débarquer à Saint-Martin de Ré. Parmi eux, Bernard Peysson, un père de famille de 46 ans. Il avait traversé tout le pays pour arriver à La Rochelle avant de prendre la mer et rejoindre l'île de Ré. Et laissé au pays ses trois fils. Tous mineurs.

Un mois avant son arrivée ici, la cour d'assises des Hautes-Alpes l'avait condamné à 10 ans de travaux forcés pour incendie volontaire.

Source : AD17 2Y1/308
Contrôle nominatif 1873-1888

Un homme d’1 mètre 58 aux cheveux grisonnants et au teint "coloré" par le travail des champs qui se retrouve dans une cellule, loin de chez lui. Je n’ai pas encore mis la main sur le jugement du 14 décembre 1875 qui pourrait en dire plus sur sa condamnation.

Les prisonniers arrivés comme Bernard Peysson à la prison de Saint-Martin en ce 13 janvier 1876 y restent deux mois, avant de prendre le bateau, la Loire, en direction de Nouméa. Mais le cultivateur drômois, cousin germain de mon arrière-arrière-grand-père, ne montera jamais sur le navire.

Source : AD17 2Y1/308
Contrôle nominatif 1873-1888

Le 15 mars 1876, c’est le jour du départ. Peysson choisira la mort plutôt que le bagne. Que s’est-il passé ? S’est-il suicidé pour ne pas partir au bagne ? A-t-il succombé à un hiver rigoureux marin qu’il n’avait jamais affronté ?

Beaucoup de questions aujourd’hui sans réponse.

Source : AD17 

jeudi 1 novembre 2018

A comme Aventure

Je concluais le ChallengeAZ 2016 par une énigme dans ma généalogie. J'ouvre celui de 2018 par la résolution de cette énigme !

C'était l'ancêtre mystère. Celui qui aurait du te transmettre son patronyme. Mon Arlésienne de Lorraine. Après 20 ans de recherches généalogiques (que le temps passe vite), je l'ai enfin retrouvé.

Et bien sûr, il m'aura fallu trois clics pour cela...

On parle ici de mon plus lointain ascendant agnatique, c'est à dire l'ancêtre masculin le plus ancien en remontant les générations par les hommes (le père du père de mon père, etc.)
Dominique Bourgeois était instituteur dans la première moitié du XIXe siècle, aux confins de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle. Il était né à Bouligny, fils naturel de Marie Barbe Bourgeois, elle-même fille naturelle de Marie Bourgeois.

C'est la soeur de Marie Barbe qui déclare Dominique, et elle révèle dans l'acte de naissance que l'auteur de cet enfant est un certain François Huget, soldat volontaire au service de la République, originaire de la commune de Landres.

Source AD55

Viol ? Liaison cachée ? On ne saura jamais pour quelle raison le père n'a jamais reconnu l'enfant, et pourquoi Dominique se nommera Bourgeois, et non Huget... ou plutôt Huguet. Car il fallait lire Huguet !

Le 10 frimaire de l'an 8, à la mairie de Norroy le Sec se marie Jean François Huguet, âgé de 40 ans, manoeuvre domicilié à Bouligny. Il est orphelin quand il épouse Marie Anne Viringue, ses parents sont décédés, ils sont dit "de la commune de Landres". Ce Jean François est ainsi le meilleur candidat pour être le père de Dominique Bourgeois.

Source AD54


Né à Joppécourt, il aura donc habité à Landres, puis à Bouligny, où il "connait" Marie Barbe Bourgeois, avant de s'installer à Norroy le Sec. Là où il décède quelques jours après son mariage, le 29 frimaire de ce même an 8.


Un petit voyage d'une vingtaine de kilomètres pour Jean François Huguet, qui a peut-être eu d'autres enfants illégitimes sur ce parcours. Qui sait ?